Errata - L'autre hémisphère Cinq longues années après le remarquable Modus operandi et avec un nouveau batteur, Errata revient hanter nos esprits avec son hardcore et son rock auxquels il faut impérativement ajouter le préfixe "post". Le groupe sait varier admirablement les passages calmes et clairs aux moments les plus mouvementés et criés, avec entre les ambiances instrumentales et les plus hurlés des temps où le chant nous parle pour mieux nous troubler ("Narcisse est mort" ou "Empreintes" sur lequel je pense à une version obscure d'Agora Fidelio), les textes sont alors plus compréhensibles (ils sont tous disponibles avec le CD), poétiques et sombres, ils sont personnels ("je", "tu", "nous" sont les sujets les plus utilisés) et ne permettent pas de trancher sur la question de L'autre hémisphère, est-il question de notre cerveau ou de géographie (plutôt des deux si je devais choisir...). Des mots poignants ou absents (quelques lignes seulement durant les 9 minutes de "Dernière escale avant naufrage ") durant cette heure passée en compagnie des Lillois qui excellent aussi dans l'utilisation de leurs instruments, sachant en sortir toute la douceur ou tout le venin qu'il faut quand il faut.

Des références citées par le passé, je n'en retiendrais qu'une : Cult of Luna, tant ombre et lumière se côtoient avec délice sur ces huit pistes, un talent rare plutôt bien représenté par les Suédois. Avec une production plus musclée (notamment la batterie dont les frappes sur les peaux sont un peu étouffées), les Nordistes pourraient même rivaliser avec d'autres comparses au niveau international ! Véritable démonstration de ses forces, l'album d'Errata atteint toutes les cibles, touchant en plein coeur par les attaques d'un chant hurlé, tailladant l'épiderme avec des riffs abrasifs, tapant au foie avec une rythmique pénétrante puis pansant les plaies avec de somptueuses harmonies à la délicatesse incandescente dont on doit se méfier, mais telles les coulées de lave d'un volcan, on est hypnotisé par leurs beautés et on finit par s'y brûler.

Au rayon post-hardcore de grande classe, L'autre hémisphère se place comme l'un des disques de l'année (même si Vertikal a frappé fort). Ceux qui avaient oublié Errata auront l'agréable surprise de se prendre cette jolie mandale et surveilleront les dates de concert du groupe pour ne pas les rater, ce serait criminel.