Errata - Modus operandi Quatre titres seulement, mais plus de 36 minutes de musique, Errata prend le temps d'explorer les sphères du rock au sens large tout en flirtant avec ses frontières les plus éloignées. N'hésitant pas à partir d'une base rock indie ascétique pour se laisser aller à céder aux tentations post-hardcore corrosives d'un screamo-rock littéralement éruptif, le début d'"Adventice" s'inscrit ainsi dans la lignée de l'artwork de ce Modus operandi, ombrageux mais épuré, naturaliste et ambivalent. Entre clair et obscur, le groupe développe une musique au faux-rythme assumé avant de laisser éclater sa rage dans des élans screamo-post-hardcore mordant, acerbes et bouillonnants d'une furie à peine contenue. Une efflorescence métallique, des instrumentations plus rock indé, un spoken words habité, Errata navigue à vue entre apaisement méditatif et crescendo abrasif poussés au bord de la rupture. Paradoxale sinon lunatique, la musique des lillois se nourrit de ces deux visages composant les versants antagonistes d'une même oeuvre de nature finalement très humaine. La lumière semble faire oublier la douleur, mais les ténèbres ne sont jamais loin et les fantômes qui viennent hanter l'âme d'Errata rodent en permanence autours de cet effort.
Entre Mogwai et Explosions in the Sky d'un côté, Shora et Cult of Luna de l'autre, la formation lilloise trouve le parfait point de convergence des identités musicales et s'en empare pour les apprivoiser puis en distiller l'essence à travers "Comme un arrière de goût de cendre". Un substrat rock aux effluves métalliques que le groupe dévoile à l'auditeur en se jouant des ambiguïtés d'une fusion contre-nature, de cette collision claire/obscure aux innombrables dégradés de couleurs. Noir ou blanc, blanc ou noir... et au milieu, la fin, la désolation... ou au contraire, le renouveau, une renaissance après le chaos portée par des guitares toujours sur le fil du rasoir et un chant qui exsude une colère froide, une rage brute qui ne demande qu'à enfoncer les cloisons, craquer une allumette et purifier les enceintes par les flammes. Des textes sombres et lucides, une fragilité apparente et la conscience des faiblesses que supposent la condition humaine. A travers les ténèbres, le désespoir et finalement, l'ultime soupçon d'espoir qui transparaît à travers l'envolée mélodique de l'éponyme "Modus operandi", le groupe navigue entre ombre et lumière. En guise de conclusion à cet EP, Errata nous dépose délicatement entre les tympans l'abrasif et impétueux "Nephelion". Un dernier titre fleuve (onze minutes et des poussières) accentuant la confusion de nos sentiments, mettant tous nos sens en alerte, guitares qui s'enflamment au contact des geysers d'eau brûlante, nous poussant ainsi dans l'oeil d'un cyclone émotionnel à nul autre pareil... Classe.